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L’accordéon de Roger

October 1, 2016

Et dans cette boîte en carton, c’est quoi?

  • l’accordéon de mon Père. Il en jouait, enfant. Je ne sais pas quoi en faire, j’aimerais le donner à quelqu’un pour qui ça compte, un musicien.
  • J’ai toujours rêvé d’apprendre l’accordéon.
  • Tu le veux? je te le donne.

Je n’avais pas encore vu l’instrument. Quand j’ouvrai la boîte, il semblait perdu, rétréci, couché sur des papiers, dans cette boîte en carton glacé noir trop grande, comme une valise. J’ai pris la boîte. Merci Patrick, à bientôt, merci encore.

Parmi les papiers, il y avait des partitions, une méthode d’accordéon, comment mettre ses doigts en demi-cercle… et des revues d’enfants. “Les pieds nickelés”. En feuilletant le papier craqué, je trouve une date. Novembre 1938 et mon regard se perd.

J’imagine Roger Dupuis, enfant de huit ans à Genève, en culottes courtes et veste grise, transportant cette boîte trop grande d’un instrument énorme, mais qui est petit quand même. Un instrument réduit à sa taille, fait sur mesure et qui porte son prénom en lettres ivoire sur bakélite rouge moiré.

  • Cet un instrument d’enfant, Monsieur, me dit le marchand d’instruments de l’Avenue de la Servette à qui je demande conseil. C’est un très bel instrument.

Et j’imagine les petits doigts de Roger parcourant cette multitude de boutons identiques à droite et encore plus identiques à gauche, et qui lit ses revues aux arrêts de bus. Et je vois ses lourds godillots jouer dans les flaques de neige fondue.

Je parcours encore les partitions et, je rencontre un nom, “Perrin et Fille. Accordéons”, à Soral, en Genevois. Persuadé de l’impossible ou du peu probable, j’ouvre une page des “directories.ch” et, dans la ligne de recherche, je tape “Perrin” et en lieu “Soral”. Je décide de former le numéro. Une voix, craquelant, répond et je m’explique…que j’ai reçu un accordéon, que l’accordéon appartenait à un Roger Dupuis, qu’il y avait des partitions annotées et un nom et que je tente ma chance…pour voir. Juste pour voir, si, effectivement, de la chance j’en ai.

  • Eh bien, Jeune homme, vous avez de la chance, me dit la voix que j’entends maintenant sourire d’un sourire radieux et contagieux. C’est moi qui donnais cours au petit Roger et c’est mon Père qui a fabriqué l’instrument que vous décrivez.
  • …mais…Madame…le “petit” Roger aurait eu 82 ans aujourd’hui!
  • oui, et moi, j’en ai un peu plus. 92 exactement…Jeune Homme. Elle éclate de rire. Mon Père, lui, vous comprendrez qu’il n’est plus. Mais je comprends que Roger est décédé. C’est triste, j’aimais bien le petit Roger, c’était un bon élève.

Nous échangeons encore quelques mots, sur l’accordéon, la musique…et puis, plein de regrets, je prends congé de l’attachante Mlle Perrin. Je sais que je ne lui parlerai plus, que la prochaine fois que je penserai à elle, elle sera peut-être partie. C’était hier soir, à Lagos, où l’accordéon marqué “Roger” m’a suivi de Genève à Bruxelles, et puis de Londres à Lagos.

Merci Patrick, merci encore de m’avoir fait cadeau d’un instrument étonnant, d’un objet magnifique et d’une si belle histoire.

 

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2 Comments
  1. Laurence permalink

    Tu écris décidément bien. Autant en français qu’en anglais. Tu devrais publier tes nouvelles. Peut-être te l’ai-je déjà écrit quelque part.
    Et non, je ne suis pas une vile flatteuse !

    • Merci Laurence. Je tente d’écrire plus mais pas beaucoup de temps. Publier. Pourquoi pas? Mais pourquoi faire? Deux questions contradictoires.

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