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Le café du banquier suisse

September 10, 2014

Dans la petite Cafeteria Auer de la rue du Marché, a Genève, il fait bon et ça sent l’arabica fraichement moulu. Les quelques tables sont toutes occupées.
Auer est une institution. La vitrine voisine est la chocolaterie Auer. Une institution aussi. Tout, dans cette ville, austère bastion du Calvinisme, respire l’institution. il y a de fameux restaurant, dont le mobilier n’a pas été changé depuis les années cinquante, qui affichent fièrement, que désormais, il seront ouverts le samedi. Peut-être dans un futur lointain, très lointain, pourra-t-on considérer aussi ouvrir le dimanche. Mais laissons la science-fiction aux romanciers russes.
Un homme élégant, rasé de près, bronzé d’avoir skié tout l’hiver, en costume sombre et cravate Hermès, souliers Berluti aux pieds, est attablé. Seul. La solitude fait partie de son métier. Banquier. De ne vous confier à personne, pendant toutes ces années marquées par « Le Secret », personne ne vous parle non plus. Il tourne nonchalamment la cuiller argentée dans une tasse de « renversé » que les italiens appellent « Latte ». Ses yeux s’abîment dans les coiffures apprêtées des dames âgées qui lui font face. Il rêve d’une époque révolue. Celle des riches clientes belges, qui venaient « relever les compteurs » une fois par an, accompagnées de leurs descendants avides d’un accident, ou mieux, d’une mort naturelle. Une mort bienvenue qui permettrait, enfin, d’oublier que Bon Papa omettait de déclarer tel ou tel revenu et aussi, de faire monter le prix des villas à Knokke-le-Zoute. La mort lente du secret bancaire, abandonné sur l’autel des bonnes relations avec les Etats-Unis, le scandale Madoff et des frais astronomiques auront eu raison de ce rêve frappé du sceau de deux bien vilains mots : régularisation et rapatriement. Un coup d’œil furtif à sa Rolex Daytona lui rappelle la visite, cet après-midi, des enfants d’un dictateur Africain déchu, un oligarque kazakh ou un général égyptien a la retraite. Une clientèle moins facile, mieux informée, plus courtisée, dont les avoirs seront investis au travers de fonds, dont on récoltera de grasses rétrocessions, parfois versées sur son compte privé. Du beurre dans les épinards…jusqu’au jour ou ce modèle-la aussi, cruelle injustice, sera mis à nu. Alors, il lui restera l’efficacité irréprochable du système bancaire suisse, le chocolat et les montagnes. Des deux derniers il n’avait jamais douté mais devoir promouvoir le premier, comme s’il n’avait jamais existé, le plonge dans une tristesse profonde.

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